Roman noir : Addictions de Jac Barron

Avis mitigé pour ce roman très sombre voir poisseux... 

Le roman commence comme un polar classique : deux obscurs policiers sont parachutés sur des cas de morts suspectes. Des morts horribles à la "Seven" sauf que les morts sont plutôt des suicides. Sur les lieux, des frelons. En parallèle, on découvre un orphelin à l'enfance particulière qui se fait piquer par un essaim dans un moment extatique.

C'est un roman très sombre à l'ambiance lourde. Tous ont été marqués par des épisodes douloureux. La drogue, le manque, la maltraitance, la perversion, les addictions, l'abandon, la torture morale et physique parsèment tout le livre.

Jusqu'au deux tiers du roman, l'ambiance et la construction du roman se tiennent. Chaque chapitre est le récit d'une personne (y compris l'adorateur des frelons). Tous ces chemins se rapprochent inexorablement, mais pas sans rebondissement d'un final forcément dramatique.
C'est là que le roman aurait du solder les comptes pour un final tranchant.

Au contraire, tous se retrouvent dans l'antre du diable, pour une confrontation parfois familiale (si on peut parler de famille) mais toujours empreinte de souffrance. Ces retrouvailles perdent pied dans la démesure et la longueur :
Deux-cent-quatre-vingt-neuf cadavres ont été découverts par la police. Mais aucun d’eux n’a pu être identifié. Les murs de l’immeuble adjacent à la fosse où nous avons trouvé les cadavres étaient composés de poussières d’os humains, provenant d’environ mille cinq cents personnes différentes, hommes, femmes et enfants confondus, de tous âges et de toutes races, mélangées au béton.
Le roman perd aussi en crédibilité intrinsèque. On ne croit plus à tout ce déballage et cette surenchère de cruautés et de perversions. L'action se passe dans une péniche durant une centaine de pages. J'avais plutôt l'impression d'être embarqué dans un paquebot infernal.
C'est dommage. Le polar aurait pu rester un "Seven" mâtiné de "Requiem for a dream" mais la barque est surchargée dans une accumulation non crédible d'horreurs et je n'avais qu'une envie : que cela se termine.

Citations

La société est devenue une telle foire aux effets étourdissants, aux promesses de pacotille, qui tendent à se répéter jusqu’à la folie, une dictature, sous différentes formes.
Je suis toujours abasourdi de constater que les pires ennemis de notre religion sont ceux qui déclarent appartenir au groupe des fidèles.
J’aimais la nuit, je l’écoutais, et c’est alors que j’ai découvert que la lune pleurait.
C’est important de connaître ce qui mobilise votre énergie vitale et de vous battre pour l’obtenir. Sinon autant être mort, pas vrai ?
Sans les siens, on n’est rien. On est seul, en proie aux Chattans, ces démons vicieux, qui siègent dans la chair et attendent leur heure pour s’éveiller en vous et faire en sorte que votre vie ne vous appartienne plus
Les pervers moraux ne reculent devant rien. Aucune ignominie ne leur fait peur. Pourquoi ? Parce qu’ils ne possèdent aucun sens des valeurs. Pour eux, tout est prétexte à dominer, opprimer, détruire. Ils sont creux. En eux réside un vide intersidéral qu’ils ne parviendront jamais à combler. Plus ils sont cruels, plus ils ont l’impression d’exister. La douleur des autres, c’est leur victoire
je pourrais être tenté d’assassiner ceux que je considère comme des « pédoclastes ». Je sais que ce terme n’existe pas, mais il signifie littéralement : casseur, briseur d’enfants, contrairement au mot « pédophile » qui veut dire « aimant les enfants ». On croit rêver, non ?
Je n’ai pas de compagne, pas de famille à moi, personne qui ne me retient dans mes envies, personne qui partage mes désirs, mes projets, ma foi, personne qui se soucie de mon travail. Mais, dans un même temps, je réalise que je peux agir à ma guise : manger où je veux, quand je veux, aller voir un film ou des amis… sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Je peux accomplir de belles choses, mais aussi, sans équilibre, me montrer destructeur pour les autres et pour moi-même. C’est sur cette frontière que je me positionne aujourd’hui
La déchéance qu’est devenue ma vie me répugne, m’écœure. J’y renonce. Mais je m’y résigne avec bonheur… mon seul et unique sentiment restant.

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