L’Homme qui savait la langue des serpents d' Andrus Kivirähk

Introduction

C'est un livre dont il faut lire la préface et la postface.
L'histoire se passe en Estonie au XIIIème siècle. Le pays païen est conquis par les chevaliers teutoniques qui amènent la religion chrétienne et l'organisation hiérarchique en château/paroisse/village.
De nos jours, on idéalise l'ancienne vie en communauté vivant au contact de la forêt...

Le roman laisse la parole à Leemet, le dernier à parler la langue des serpents. La langue qui permet de parler aux animaux de la forêt. Il raconte son histoire faite de rencontres avec ceux de la forêt et ceux des villages ... les modernes, les croyants.

Avis 

En lisant d'autres avis, j'avais noté le côté pamphlétaire du roman. C'est une critique déguisée de la société estonienne contemporaine qui idéalise ces temps anciens. Il y a il est vrai de fréquents moments jubilatoires. Andrus Kivirähk se moque des croyances avec un style très affété.

Mais ce qui m'a le plus marqué c'est la solitude inexorable de Leemet.
Il est le dernier à parler la langue des serpents. Il est dernier de sa famille qui est une des dernières de la forêt. À de multiples reprises, il se dit "le dernier". C'est un roman de la perte.
Amis, famille, connaissance tout se perd et parfois brutalement. Il s’en dégage une profonde tristesse.

Les modernistes dans le roman sont les villageois qui ayant quitté la forêt vivent misérablement de l'agriculture. Ils acceptent cette nouvelle vie sous le joug de la religion chrétienne. Ils idolâtrent réellement les chevaliers, les moines, le pape ... toute leur nouvelle vie. J'aurais aimé qu'ils soient plus subtils. Ils passent aux yeux de Leemet pour des abrutis finis.

Les habitants de la forêt sont dépeints avec beaucoup plus de nuance. Il y a de vraies pourritures, des personnes qui régressent ... des passéistes dangereux. C'est la grande force du livre. Il n'idéalise aucunement la vie en communauté d'alors.

Le rythme est assez inégal. De longs chapitres parlent de la vie solitaire de Leemet et de sa solitude grandissante. Ils sont suivis, surtout en fin de livre, de chapitres de confrontations rapides et très condensés.

L'écriture est subtile. Le style est incisif. La traduction est bonne. Mais malgré une bonne introduction et des notes éclairantes, beaucoup de choses m'ont échappé. Je ne connais en effet rien de l'histoire estonienne et de sa culture.

Conclusion

Un roman bien écrit mais au rythme inégal. La solitude omniprésente et irrémédiable est heureusement ponctuée de critiques acerbes et jubilatoires.

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