Maus : Intégrale

Maus l'intégrale édition des 25 ans



Avis

Quelques auteurs arrivent à raconter et même parfois à dessiner l’indicible.
C’est le cas de Primo-Levi (chroniqué ici pour son roman “Si c’est un homme” et de Keiji Nakazawa (chroniqué ici pour le tome 4 de Gen d’Hiroshima).
Pourquoi “Maus” ? J’en avais entendu parler à de nombreuses reprises et il est souvent comparé à Gen d’Hiroshima.

Il lui est cependant très différent. Nous sommes dans Maus dans un récit d’adulte pour des adultes.
Il apporte aussi un autre éclairage par rapport à Primo Lévi. Il aborde aussi la survie dans les camps.
Mais il décrit assez bien la lente descente aux enfers des Juifs d’Europe. J’ai mesuré tous ces renoncements, ces pertes matérielles et humaines, ces brimades subies, cette peur qui vous fait “éviter le pire” aujourd’hui, cette famille qui part en morceau pour à la fin se retrouver quand même au fond des enfers. C’est cette descente qui fait la force de l’œuvre. Par quel chemin sont-ils passés pour se retrouver là ? Cette bande dessinée y apporte une réponse.

Maus est un dialogue entre Art et son père Vladek qui est sorti vivant de la Shoah. Il n’évacue pas la difficulté de sa relation difficile avec lui.
Vladek de son côté n’évacue pas les choix incertains et souvent à l’issue fatale qu’il a dû faire durant toutes ces années. Des choix terribles au milieu d’un océan d’hostilité et de mort. Tout le monde cherche à échapper à cette souricière, mais faut-il se cacher ? Faire confiance ? s’enfuir ? … Tout ça pour arriver vers ce non-choix ultime : Auschwitz.

“Souricière” est bien le terme approprié les Juifs sont représentés en souris, les Allemands en chats et les Polonais en cochons. Cette représentation animalière enlève un peu de force au propos. Mais il faut reconnaitre que je ne sais pas comment Art aurait pu dessiner autrement un récit aussi fort et dramatique.

Je comprends un peu mieux les réactions des Juifs aux haines actuelles. Ils ont, à mon modeste avis, peur de reconnaitre dans cette haine un chemin qui peut mener vers la même issue fatale.

Une lecture indispensable qui est comme “Si c’est un homme” dépourvue de haine.

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