"En même temps, toute la terre et tout le ciel" de Ruth L. Ozeki

Résumé

Dans la lignée de Murakami, un bijou littéraire original, inspiré des "I-Novels" japonais, porté par une construction virtuose. Entre imaginaire et réalité, une œuvre à la fois profonde et pleine d'humour, intime et universelle, assortie d'une formidable réflexion sur le temps et l'Histoire.

Le sac en plastique avait échoué sur le sable de la baie Désolation, un de ces débris emportés par le tsunami. A l'intérieur, une vieille montre, des lunettes jaunies et le journal d'une lycéenne, Nao. Une trouvaille pleine de secrets que Ruth tente de pénétrer avant de réaliser que les mots de la jeune fille lui sont destinés...

Depuis un bar à hôtesses de Tokyo, Nao raconte des histoires : la sienne, ado déracinée, martyrisée par ses camarades ; celle de sa fascinante aïeule, nonne zen de cent quatre ans ; de son père qui cherche sur le Net la recette du suicide parfait. Des instants de vie qu'elle veut confier avant de disparaître.

Alors qu'elle redoute de lire la fin du journal, Ruth s'interroge : et si elle, romancière en mal d'inspiration, avait le pouvoir de réécrire le destin de Nao ? Serait-il possible alors d'unir le passé et le présent? La terre et le ciel ?

Traduit de l'américain par Sarah Tardy

Avis

C'est un roman qui jette des ponts entre le Japon et le reste du monde.
Il y aborde des sujets difficiles : 
  • 苛め - いじめ - Ijime : Nao est harcelée à l'école. Ayant passé son enfance en Californie, elle est la cible de vexations, d'agressions ... Les adultes ne font rien. Ils sont soit indifférents, soit pas au courant.
    Au Japon encore plus qu'ailleurs, la victime se tait.
  • Les kamikazes : L'oncle de Nao fut enrôlé de force dans les forces aériennes pour être kamikaze.
  • Le suicide
  • La très grande difficulté de trouver sa place dans la société.
    L'auteure ne se contente pas de la société japonaise, mais de sa propre place.
Le roman aborde aussi le zazen. Les passages avec Jiko la grand-mère de Nao sont de véritables rayons de lumière dans un roman parfois sombre et sans autre issue que le suicide. Ce sont des passages emplis de poésie, de sagesse et de tendresse.

Le roman est bien documenté (les kamikazes, le zazen ...)

Le style est très bien équilibré et la trame du récit fait qu'on ne lâche qu'à regret le roman.

Très prenant et émouvant, c'est un roman que je conseille.

Ce que j'ai moins aimé

Le roman est écrit à la première personne et le narrateur est "Ruth" elle-même. Je sais bien que les "I-Novels" sont justement des romans écrits à la première personne entre fiction et autobiographie. Mais ne pas savoir ce qui relève de la fiction de ce qui relève de l'autobiographie me gêne un peu. Cela m'aurait moins gêné si les thèmes abordés n'avaient pas été si graves.

Une fois de plus, la mécanique quantique est amenée dans la narration pour servir d'attelle au côté fantastique du récit.

Le côté trop exagéré des personnages. Le père s'enfonce corps et bien dans la dépression sans jamais parler. Jiko est trop sainte. 

Note sur le format

Le roman est disponible en numérique.
Mais l'éditeur Belfond impose deux choses :

  • Le roman est vendu 21€ en papier et 15€ en eBook.
    C'est au-delà de mes critères d'achat en numérique.
    Je n'achète plus en papier.
    Certes l'ebook est moins cher qu'en papier, certes c'est une nouveauté.
    Mais quand le poche sortira, je doute que le prix de l'eBook soit revu à la baisse.
  • L'eBook est vendu avec des DRM
    C'est inacceptable et donc je ne l'ai pas acheté.
    J'ai donc emprunté ce roman à la bibliothèque.
    S'il en avait absent, j'aurais lu autre chose tout simplement.

Autres avis

La chronique qui m'a donné envie de lire le roman chez Lire le Japon

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