Mon Donjon mon Dragon de Lilian Peschet : un roman (trop?) geek


Quatrième de couverture

Bram est le modèle même du geek parfait : une carrière professionnelle vouée au développement de sites web pour clients pénibles, une vie sociale principalement consacrée aux jeux de rôles, aux jeux vidéo et à la lecture de romans de science-fiction ou de fantasy, et une vie sexuelle... proche du néant. Pourtant, un grain de sable va venir perturber cette mécanique bien huilée. Ce grain de sable s'appelle Aurore, une jeune fille apparemment bien sous tout rapport et qui débarque en tant que stagiaire dans l'entreprise de Bram. Aurore va bouleverser sa vie... mais pas forcément dans la direction souhaitée.
Mon Donjon Mon Dragon est plus qu'un roman : c'est un manifeste du nerd, une véritable exploration sociologique de l'étrange univers dans lequel évoluent les geeks, et une déclaration d'humour noir et grinçant. Les geeks ont donné au monde ses plus beaux cerveaux, et leurs rangs grossissent chaque jour : Mon Donjon Mon Dragon nous incite à considérer de plus près ceux que par cruauté ou simplement par bêtise le monde a longtemps appelés losers.

Avis

Le style

C'est bien écrit en chapitres incisifs, en phrases bien tournées

C'est sympa

Ca se lit vite (trop car c'est court). C'est bourré d'humour et de phrases bien senties.
C'est très en prise avec le réel. Mais j'aurais aimé plus d'analyses, de recul, de perspective sur la vie en entreprise et sur le non rapport à la société.
Derrière des tournures amusantes se cache une vie vraiment sordide. Bram mène sa vie au radar (courte portée). Il n'a pas d'idéal et guère d'illusions, un boulot, une vie sentimentale pas brillante.
Et c'est parfois dérangeant (preuve que cela fait mouche !).
Mais en parlant de faire mouche...

Trop spécialisé

Je suis presque le public cible. Développeur web mais pas rôliste, ce roman contient des tas de références que je comprends (mais pas toutes).
J'ai entendu parler de la vie politique, sociale, livresque ("Indignez-vous" par exemple) contemporaine française et je me demande comment un non geek, non roliste, non français, non masculin ou même lisant ce roman dans 5 ans pourrait comprendre la moitié des références ?
J'aurais aimé que le roman sorte de l'anecdotique pour toucher un plus large éventail.
A cause de ça, je ne pourrais pas recommander ce roman à n'importe qui.

Une question à laquelle j'aurais de la difficulté à répondre : Comment quelqu'un de non geek/nerd peut t'il percevoir quelqu'un comme Bram ? Changerait t'elle de point de vue ? (hélas je n'en suis pas certain car je n'ai pas mieux compris les rôlistes...)

Citations

Si George Lucas avait été un informaticien, on aurait pu entendre dans ses films « Que le vide soit avec toi, Luke ! » et franchement, ça l'aurait moins fait.
Je suis Belge. Et comme pour tout Belge qui se respecte, j’aime la bonne bière, et la meilleure au monde, c’est quand même la bière belge.
Aujourd’hui, même les héros ne valent plus rien.
Incroyable ce qu’on peut bluffer dans la vie. Bien plus qu’au poker.
Comme tout le monde, le week-end est le moment de la semaine que je préfère. Je suis comme un prisonnier attendant sa liberté conditionnelle, scrutant le ciel à travers les barreaux, le cœur empli d’espoir.
En vérité, je ne joue pas pour gagner. Je joue pour m’occuper.
Quelque part, ne pas utiliser le jargon métier casse la magie de ce qui a été accompli. Tout est à nu. Tout est compréhensible par le commun des mortels, et tout devient moins important, moins compliqué, moins grandiose.
Je suis un informaticien, un homme transparent, sans aspérité, sans relief, un actif parfait, soumis et fidèle, un citoyen exemplaire, cotisant et consommant. D’un autre côté, il me permet d’assouvir mes envies. Je subis donc son emprisonnement avec une certaine résignation.
On se rend compte que non, nous ne sommes pas le personnage principal d’un film, les autres ne sont pas des seconds rôles ou des faire-valoir, ils sont eux aussi personnages principaux de leur propre vie et en conséquence, ils ont une vraie vie, pleine de gens, d’expériences, d’histoires dont on n’a jamais entendu parler, mais qui se sont réellement passées. Ça nous fait prendre conscience de combien nous ne sommes pas le centre du monde.
Comment lui dire que cette planète n’est pas mon monde ? C’est particulier comme révélation.
— Le vrai souci, c’est que plus personne ne croit aux discours des politiques. Du coup, les discours partent dans le démagogique, pour prendre appui sur les valeurs qui restent : la peur de l’autre, l’insécurité, la méfiance.
Le boulot, c’est vraiment un poison, voire un cancer : ça nous ronge de l’intérieur, ça nous rend aigris, ça détruit ce qu’il y a de meilleur en nous.
La vraie vie, c’est un peu moins grandiose que la fiction.
On pourrait s’inspirer des lois de la robotique d’Asimov :
0. Tout citoyen en âge et en raison de participer à la vie démocratique le pourra et le devra.
1. Une loi ne peut porter atteinte à la nation, ni, en restant passive, permettre qu'un être humain soit exposé au danger.
2. La nation doit obéir aux lois, sauf si la loi est en conflit avec la première loi systémique
3. La nation doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec les deux premières lois systémiques.
Qu’écrira-t-on sur ma tombe virtuelle ? Ci-gît un lamentable ? Un rêveur lamentable ?
Comme les autres ne nous aiment plus, on ne s’aime plus.
Mon erreur a été de rêver la vraie vie. Rêver des rêves, ça n’a pas de conséquence. Ça créé une saine distance entre soi et le monde, ce qui permet de le supporter au quotidien. Lorsqu’on rêve la vraie vie, le rêve se mue en quelque chose de concret, de réel. On imagine que ce que notre cerveau produit peut sortir de notre crâne, se frotter au contexte extérieur, le modifier, l’améliorer. Cet espoir est dangereux. Il nous ment. Il nous entoure d’un voile protecteur tout en nous amenant dans le monde réel, et une fois envolé, une fois le voile levé sur ses mensonges, il nous laisse nu face au monde, face à sa dureté, à ses agressions.
Finalement, on ne change jamais vraiment. Jamais longtemps.
En vérité, ces échecs successifs me confortent : j’aimerais changer de vie, faire autre chose, mais ce n’est pas si facile, surtout quand on ignore ce pour quoi l’on est fait.
Offrir une bière à un Belge, c’est un signe de corruption active.

Autres critiques

Où le trouver ?

Chez Walrus !
Comme d'habitude c'est impeccablement mis en page, sans DRM et à bon prix ! Direction le Walrus Store !

Spolier alerte

Ne lisez pas plus bas.
.
.
.
.
.
.
J'ai bien aimé le twist final mais la justification psychologique trop rapide décrédibilise le roman.
Je sais qu'il y a des personnes tordues mais de là à faire construire (par Bram) un site web participatif citoyen pour se faire remarquer par son père ????
Peut être n'ai je pas rencontré ce genre de personne ?
Et pourquoi un happy ending lui aussi trop vite décrit ?

Commentaires