La Laïcité par Guy Haarscher aux PUF

Avis

Un livre qui nous présente clairement son sujet. La laïcité est explorée sous plusieurs angles :
  • histoire et émergence
  • en différentes époques
  • en différent lieu
L'auteur met bien en valeur le contexte religieux, la démarche ayant aboutie aux différents textes.
Il est intéressant de lire autant de réponses possibles à la question du juste (pour tous) par rapport au bien (relatif)
L'époque contemporaine n'est pas oublié car le questionnement laïque n'a pas trouvé sa réponse !
Il manque des appuis plus nombreux des penseurs et hommes politiques ayant établi les base de la laïcité.
Même si le sujet pouvait offrir matière à un épais ouvrage, ce livre reste concis et clair.
C'est à la fois un ouvrage de synthèse et d'introduction à la Laïcité.

Où le trouver ?

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Citations

La culture schizophrénique ne peut mener qu’à des traumatismes
La formation des citoyens dans les sociétés multiculturelles implique nécessairement qu’ils aient appris à vivre ensemble, et que ce qui vaut au-delà de leurs enracinements respectifs acquière quelque substance.
Le pluralisme constitue en effet la condition même de tout débat démocratique. Mais ce que veulent les fondamentalistes, ce n’est pas l’introduction, dans la sphère publique de l’école, de débats concernant les diverses vues du monde, religieuses en particulier. Souvent, ils revendiquent des cours séparés. Une telle exigence implique inéluctablement pour les élèves une situation de « tribalisation »
Fondamentalement, on met sur le même plan le choix d’une conception religieuse, légitime en tant que tel et d’ailleurs juridiquement (souvent constitutionnellement) protégé, et la libre approche scientifique des phénomènes : le premier élément relève d’une conception particulière de la vie (tout le monde n’admet pas le créationnisme) ; le second, d’une pratique par principe ouverte à tout interlocuteur de bonne foi, désireux d’en acquérir les compétences, par-delà les enracinements particuliers.
Pousser la demande d’autonomie communautaire et de respect des différences jusqu’à la négation de toute instance supérieure, laïque et citoyenne, garante de l’égalité de tous devant la loi par-delà les divers enracinements, c’est réduire le social et le politique à une mosaïque de « tribus » au mieux coexistantes
On ne peut réclamer des droits en mettant en cause la base même de toute revendication de droits, c’est-à-dire le recours à une instance supérieure à celle de la communauté dont on désire promouvoir la reconnaissance et les intérêts.
L’obligation impose la gratuité, c’est-à-dire les moyens, pour chacun, de s’instruire.
La liberté de l’ignorance n’existe pas.
Léon XIII : « L’école est le champ de bataille où se décide si la société restera ou non chrétienne. »
L’Église s’est ralliée aux droits de l’homme, lesquels lui permettaient de plaider en faveur d’un État neutre, respectant « toutes les croyances », garantissant la liberté religieuse, y compris la liberté d’enseignement.
L’Église n’a pas voulu subir à son tour le sort qui avait été celui de tous les « dissidents » (protestants, Juifs, libres-penseurs…) du temps de sa domination
L’État renonce à user de la violence pour imposer une orientation de vie officielle, mais il use de son monopole de la contrainte pour empêcher les « particuliers » de faire de même.
La laïcité n’évitera pas le cheminement difficile entre le Charybde des engagements particularistes et le Scylla d’une justice citoyenne abstraite.
Il s’agit peut-être surtout d’une relation « horizontale » entre citoyens. Ces derniers sont en effet supposés se considérer mutuellement – c’est la définition même de la citoyenneté – comme libres et égaux, en ce qui concerne du moins leur capacité de définir les règles de la vie en commun,
Le juste doit être « un » (le même pour tous), tandis qu’il y a « des » conceptions du bien dans une société pluraliste.
La séparation du juste et du bien constitue incontestablement une condition nécessaire de la laïcité
La morale laïque, ce n’est ni l’abstention prudente et molle prônée par Ferry, ni le dogmatisme de ceux qui masquent sous des dehors universalistes leurs valeurs et idéologies particulières.
Une laïcité ouverte ne peut se réduire à une laïcité molle, sauf à laisser croire que la fermeté des principes est l’apanage des radicaux et des intolérants.
Le racisme s’identifie à un acte de négation a priori des droits d’une catégorie de l’humanité
C’est affaire de pédagogie que d’expliquer que la prise de distance par rapport aux opinions constitue une présupposition majeure des sociétés démocratiques C’est l’une des présuppositions fondamentales de l’éthique laïque que de considérer l’individu comme capable d’autonomie, et par conséquent susceptible de s’arracher à la doxa qui l’a au moins partiellement constitué.
Au lieu de protéger les individus dans leur droit d’adhérer à différentes conceptions du Bien, la société risque de dépendre de plus en plus des groupes organisés capables de faire régner l’hypocrisie et la domination de la « pensée » la plus conventionnelle.
En matière d’orientations d’existence, la contrainte politique est radicalement illégitime.
L’État « laïque » (au sens le plus général du terme) ne privilégie aucune confession, et plus généralement aucune conception de la vie bonne, tout en garantissant la libre expression de chacune, dans certaines limites.
Le Premier Amendement (1791) à la Constitution américaine garantit l’absence de toute religion établie (established religion), c’est-à-dire politiquement privilégiée, et la pleine liberté de conscience.
Les États-Unis [...] ont « laïcisé » l’État fédéral en le rendant indépendant des confessions bien avant de nombreux pays européens, dont la France elle-même.

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