mardi 6 décembre 2016

Polar Islandais : Étranges rivages - Arnaldur Indriðason


Chronique

C'est curieux cette tendance à faire des classements, vous ne trouvez pas ? À placer le 1er, le 2d ... Moi aussi je vais céder à cette manie en plaçant ce roman en haut du classement des romans d'Arnaldur Indriðason. C'est un peu osé et pour deux raisons.
  • Je n'ai pas tout lu ! J'ai même sciemment évité quelques romans. Lesquels ? Ceux sans Erlendur. Pourquoi ? C'est lui le cœur de l'intrigue, le moteur qui pousse tout le monde à chercher, à parler du passé, à donner des indices malgré eux.
    Pourquoi ? Pour des disparus, mais surtout pour ceux qui sont restés. Sans réponses...
    Erlendur est lui-même hanté par la disparition de son jeune frère et l'inavouable culpabilité ("si ...") qui l'accompagne.
    Jetez un œil à la citation ci-dessous...
  • L'autre raison : ce roman est comme un sommet. Si on vous y dépose sans avoir approché, escaladé alors quel intérêt ? Le panorama sera beau ou poignant... mais pour apprécier, appréhender pleinement ce roman il faut avoir passé du temps avec l'homme qui ne peut, ne veut pas expliquer ou transmettre ce qui le poursuit.
Alors, lisez les autres romans d'Arnaldur Indriðason. Ceux qui parlent d'Erlendur et plongez-vous ensuite dans ce tome.
C'est le plus personnel. C'est le tome Erlendur. Celui où il essaye de solder les comptes à sa façon : en s'intéressant aux autres disparus, en parlant, en laissant parler, en respectant les silences, en suivant son intuition et peut-être à la fin en se délivrant lui-même.

Citation

Une citation qui cerne très bien Erlendur :
S’agissant des disparitions, le temps ne changeait rien à l’affaire. Certes, il finissait par endormir la douleur, mais il en faisait la compagne quotidienne de ceux qui restaient en la rendant plus profonde, plus sensible, délicate, d’une manière qu’il ne s’expliquait pas vraiment

mercredi 23 novembre 2016

Fantasy Va-t-en guerre - Terry Pratchett


Avis

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le disque monde, il s'agit d'une série de romans mêlant avec habilité fantasy et humour. Ce monde est celui de la magie, des trolls, des nains, de la MORT., .. Mais ici les trolls font partie du guet (la police), avec des nains, un zombie, ...

Chaque roman est indépendant des autres mais certains personnages sont récurrents et ils évoluent et on s'y attache !

Dans ce roman, Ank Morpok la ville qui est presque un personnage en lui même, va déclarer la guerre à sa voisine.

J'adore le guet (la police d'Ank Morpok) et encore une fois ils ne m'ont pas déçu. Cette compagnie si hétéroclite est le contre poids absolument nécessaire à tous ces belliqueux, bas du front, xénophobes qui veulent faire tater de l’épée à ces étrangers qui veulent faire main basse sur un territoire.

Voila ce que j'aime dans le disque monde. Les travers de notre monde qui parait si fade sont finement caricaturés (finement malgré l'exagération propre à ce monde fou).

Mais quelque part c'est un peu cruel. Une fois refermé le roman, je me suis dit que nous manquions de comissaire Vimaire, de capitaine Carotte, et de tous les autres même les plus improbables comme Chicard.

Le roman est palpitant. Le rythme est épique. les répliques hilarantes. Lisez le et vous sourirez dans les transports

Quelques citations

Les gens pouvaient vivre côte à côte depuis une éternité, se saluer d’un signe de tête amical tous les matins sur le chemin du boulot… puis un jour, pour une peccadille, il fallait retirer une fourche de l’oreille d’un gus
ce sont les déserts et les régions en altitude qui ont vu naître les religions. Quand l’homme ne voit rien d’autre que l’infini insondable au-dessus de lui, il éprouve toujours le besoin pressant, impérieux, de trouver quelqu’un à interposer.
Y a besoin d’une excuse pour déclarer une guerre ? fit Chicard. J’veux dire, pour qui ? Tu peux pas juste dire : “Vous avez plein d’fric et de terres, mais moi j’ai une grande épée, alors on partage tout d’suite, fissa” ? C’est ce que j’ferais, moi, dit le caporal Chicque en fin stratège militaire qu’il était. Et je l’dirais même qu’après avoir lancé l’attaque.
Ben, c’est ça la société, j’en ai peur, dit Carotte. On déverse toutes nos cochonneries sur les gens d’en dessous jusqu’à ce qu’on trouve quelqu’un disposé à les manger
Pas surprenant que cet homme soit un diplomate. On ne pouvait lui accorder aucune confiance, il pensait en boucles, et on avait du mal à ne pas l’aimer malgré tout.
Vous ne croyez pas que l’ennemi risque de nous attendre là ? C’est une zone de débarquement tellement évidente.
— Pas évidente du tout pour le stratège militaire aguerri, monsieur ! Ils ne nous attendront pas là précisément parce que c’est tellement évident, comprenez ?
— Vous voulez dire… ils vont penser que seul un parfait imbécile débarquerait là, monseigneur ?
C’était parce qu’il tenait à l’existence de conspirateurs. Il valait beaucoup mieux imaginer des hommes dans une salle enfumée, devenus fous et cyniques à force de privilèges et de pouvoir, en train de comploter en sirotant une fine. Il fallait s’accrocher à ce type d’image, car on risquait sinon de devoir se rendre à l’évidence, que les malheurs avaient pour cause des gens ordinaires, des gens qui brossaient le chien et racontaient des histoires à leurs enfants pour les endormir mais étaient ensuite capables de sortir commettre des atrocités sur d’autres gens ordinaires. C’était tellement plus facile de tout leur mettre sur le dos à eux
Après l’école de « Mon père disait toujours », le lycée de « Ça tombe sous le sens », il suivait désormais des cours de troisième cycle à l’université de « Ce que m’a raconté un type au bistro »
Les impôts, messieurs, ont beaucoup de points communs avec l’industrie laitière. La tâche vise à traire le maximum de lait avec le minimum de meuglements. Et je crains de devoir vous avouer que ces temps-ci je n’obtiens que des meuglements
“Donne un feu à un homme et il a chaud un jour, mais flanque-lui le feu et il a chaud toute la vie.”
Faire l’histoire, en fin de compte, c’était plutôt facile. C’était ce qu’on écrivait. Aussi simple que ça.
le degré d’intelligence de cette entité qu’on appelle une foule est inversement proportionnel au nombre d’individus qui la composent

dimanche 6 novembre 2016

Roman noir : Addictions de Jac Barron

Avis mitigé pour ce roman très sombre voir poisseux... 

Le roman commence comme un polar classique : deux obscurs policiers sont parachutés sur des cas de morts suspectes. Des morts horribles à la "Seven" sauf que les morts sont plutôt des suicides. Sur les lieux, des frelons. En parallèle, on découvre un orphelin à l'enfance particulière qui se fait piquer par un essaim dans un moment extatique.

C'est un roman très sombre à l'ambiance lourde. Tous ont été marqués par des épisodes douloureux. La drogue, le manque, la maltraitance, la perversion, les addictions, l'abandon, la torture morale et physique parsèment tout le livre.

Jusqu'au deux tiers du roman, l'ambiance et la construction du roman se tiennent. Chaque chapitre est le récit d'une personne (y compris l'adorateur des frelons). Tous ces chemins se rapprochent inexorablement, mais pas sans rebondissement d'un final forcément dramatique.
C'est là que le roman aurait du solder les comptes pour un final tranchant.

Au contraire, tous se retrouvent dans l'antre du diable, pour une confrontation parfois familiale (si on peut parler de famille) mais toujours empreinte de souffrance. Ces retrouvailles perdent pied dans la démesure et la longueur :
Deux-cent-quatre-vingt-neuf cadavres ont été découverts par la police. Mais aucun d’eux n’a pu être identifié. Les murs de l’immeuble adjacent à la fosse où nous avons trouvé les cadavres étaient composés de poussières d’os humains, provenant d’environ mille cinq cents personnes différentes, hommes, femmes et enfants confondus, de tous âges et de toutes races, mélangées au béton.
Le roman perd aussi en crédibilité intrinsèque. On ne croit plus à tout ce déballage et cette surenchère de cruautés et de perversions. L'action se passe dans une péniche durant une centaine de pages. J'avais plutôt l'impression d'être embarqué dans un paquebot infernal.
C'est dommage. Le polar aurait pu rester un "Seven" mâtiné de "Requiem for a dream" mais la barque est surchargée dans une accumulation non crédible d'horreurs et je n'avais qu'une envie : que cela se termine.

Citations

La société est devenue une telle foire aux effets étourdissants, aux promesses de pacotille, qui tendent à se répéter jusqu’à la folie, une dictature, sous différentes formes.
Je suis toujours abasourdi de constater que les pires ennemis de notre religion sont ceux qui déclarent appartenir au groupe des fidèles.
J’aimais la nuit, je l’écoutais, et c’est alors que j’ai découvert que la lune pleurait.
C’est important de connaître ce qui mobilise votre énergie vitale et de vous battre pour l’obtenir. Sinon autant être mort, pas vrai ?
Sans les siens, on n’est rien. On est seul, en proie aux Chattans, ces démons vicieux, qui siègent dans la chair et attendent leur heure pour s’éveiller en vous et faire en sorte que votre vie ne vous appartienne plus
Les pervers moraux ne reculent devant rien. Aucune ignominie ne leur fait peur. Pourquoi ? Parce qu’ils ne possèdent aucun sens des valeurs. Pour eux, tout est prétexte à dominer, opprimer, détruire. Ils sont creux. En eux réside un vide intersidéral qu’ils ne parviendront jamais à combler. Plus ils sont cruels, plus ils ont l’impression d’exister. La douleur des autres, c’est leur victoire
je pourrais être tenté d’assassiner ceux que je considère comme des « pédoclastes ». Je sais que ce terme n’existe pas, mais il signifie littéralement : casseur, briseur d’enfants, contrairement au mot « pédophile » qui veut dire « aimant les enfants ». On croit rêver, non ?
Je n’ai pas de compagne, pas de famille à moi, personne qui ne me retient dans mes envies, personne qui partage mes désirs, mes projets, ma foi, personne qui se soucie de mon travail. Mais, dans un même temps, je réalise que je peux agir à ma guise : manger où je veux, quand je veux, aller voir un film ou des amis… sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Je peux accomplir de belles choses, mais aussi, sans équilibre, me montrer destructeur pour les autres et pour moi-même. C’est sur cette frontière que je me positionne aujourd’hui
La déchéance qu’est devenue ma vie me répugne, m’écœure. J’y renonce. Mais je m’y résigne avec bonheur… mon seul et unique sentiment restant.

mardi 25 octobre 2016

Polar Japonais : La fleur de l'illusion de Keigo Higashino

Avis

Le roman commence par trois moments distincts et très différents
- un meurtre au sabre
- la rencontre de deux adolescents sur un marché aux fleurs
- un grand-père retrouvé mort chez lui.
à des époques très différentes.
Pourquoi sera la question qui planera sur la suite de la lecture.

C’est un roman aux multiples intrigues.
Des proches enquêtent par eux même.
Un policier personnellement lié à la victime passe outre sa hiérarchie.
Le département de police se contente d’enquêtes de voisinage, car il ne voit qu’un cambriolage qui a mal tourné pour le grand-père.
et d’autres intervenants qui sont plus énigmatiques.
L’intrigue est soutenue jusqu’à la fin du roman d’autant plus que tous ne jouent pas carte sur table vis-vis des autres ou vis-à-vis du lecteur.
Le dénouement est peut-être un peu trop rapide. Toutes les questions sans réponse sont résolues en un chapitre.
On quitte les personnages avec regret tant ils sont consistants. Peu de seconds rôles mineurs !

C’est un roman typique de Keigo Higashino.
Les enquêtes sont minutieuses sans être fastidieuses.
Les motivations sont profondes et anciennes. Le passé est si lourd à porter ! Il y a, me semble-t-il, une plus forte notion du devoir individuel et familial (presque clanique). Les rapports humains sont teintés de respects à la hiérarchie, aux parents, aux conventions.
Le devoir pèse sur la vie de tous jusqu’à conduire à l’irréparable même s’ils ne le savent pas. Et c’est dans cet aspect que le roman est le plus talentueux : ce qui dirige notre vie sans qu’on le sache nous emmène vers des rivages inconnus.
Comme les enquêtes sont menées pas des gens liés aux victimes, le ton est moins distant que certains autres romans de l’auteur (comme “La prophétie de l’abeille”).

Petite note : les romans de Keigo Higashino peuvent tous se lire indépendamment. Il y a peu ou pas du tout de personnages récurrents.

Et oui je n’ai rien dit à propos des fleurs… Elles tiennent le destin de biens des gens entre leurs pétales et je ne vais pas divulgâcher comment.

Mes autres avis sur des romans de Keigo Higashino

Citations

un suicide n’est pas un crime, sauf peut-être envers ceux qui restent
Ne dit-on pas que les dieux chérissent ceux qui périssent jeunes ?

Autres avis


jeudi 20 octobre 2016

Polar Islandais : Hypothermie Arnaldur Indriðason


Affichons la couleur tout de suite. J’aime les romans d’Arnaldur Indriðason.
Ce sont des polars au rythme lent, mais toujours prenants.
Un des secrets réside dans la personnalité d’Erlendur (l’enquêteur principal). Les autres policiers sont assez anecdotiques voir absents dans ce roman.
Erlendur enquête seul poussé par son intuition. Marqué par la disparition de son frère dans sa jeunesse, il ne supporte pas la perte inexpliquée.

Tout part ici d’un suicide. Au contraire d’une série américaine, qui va faire de grandes analyses scientifiques pour résoudre un Cold Case 15 ans après, Erlendur lui c’est l’humain qu’il analyse. Intuitif, empathique, il va au cœur des choses. Il plonge littéralement dans la vie des gens jusqu’à leur passé le plus douloureux. Il n’en ressort pas indemne.

Il y a dans ce roman plusieurs enquêtes en parallèle. Des cas anciens se croisent avec le cas présent. Le doute plane sur tous. Mais dans tous les cas de roman, le suicide est une hypothèse probable ou évidente. Pas pour Erlendur.

En plus de ses enquêtes, la vie difficile vie familiale d’Erlendur prend un peu plus de place dans le récit. L’ultime secret de tous ces romans : la disparition tragique de son frère reste en effet l’ultime disparition non résolue. Le deuil lui demande bien plus que ce qu’il sait des circonstances de la mort de son frère.
Trouvera-t-il la paix ? Peut être le serais-je en lisant un prochain tome.
Un polar passionnant, empathique d’Arnaldur Indriðason que je recommande.

Mes autres avis sur des romans d’Arnaldur Indriðason

Du plus récent au plus ancien
Le mieux est de les lire dans l’ordre chronologique même si la cité des jarres n’est pas le meilleur (sans être mauvais entendons-nous bien)
- Hiver arctique
- L’ Homme du Lac
- La voix
- La cité des jarres dans un article qui parle de polars
- La femme en vert

Citations

un suicide n’est pas un crime, sauf peut-être envers ceux qui restent
Ne dit-on pas que les dieux chérissent ceux qui périssent jeunes ?