mercredi 25 mars 2015

« L’île des rêves » de HINO Keizo

 

L'avis qui m'a donné envie de lire ce roman

Voir le billet sur "La littérature Japonaise"

Mon petit résumé

Monsieur Sakai est un employé comme les autres. Tous les dimanches il se promène. Il aime profondément cette ville qui semble pour lui organique et vivante. Ses pérégrinations l'emmènent là où Tokyo secrète son propre avenir sous la forme de terrains vagues  anciennes décharges d'ordures.
Il va faire là une rencontre ....

Mon avis

Comme son nom l'indique, c'est un roman très onirique. Les promenades de Mr Sakai sont prétextes à des sortes de rêves éveillés. Le rythme est lent comme dans un mange de Taniguchi.
Monsieur Sakai est l'un des personnages du roman. Tokyo est l'autre personnage principal.
Cette ville est vivante. Elle semble se construire elle même consciemment vers la mer. C'est là que Monsieur Sakai retrouve les témoignages d'une vie qui lui échappe. Les ordures produites puis assimilées sont à la fois les témoins d'une vie révolue et bases de l'avenir toujours plus grand étendu et haut de Tokyo.

Si vous ne connaissez pas Tokyo, ce roman vous en donnera un image très particulière.
Si vous la connaissez peut-être retrouverez-vous ces traits qui font de Tokyo ce qu'elle est. Ce mélange de beau et de laid, de massif et d'intimiste, de peuplé et de désert, de vertical et d'étendu, d'oppressant et de libérateur ... Car depuis ces terrains vagues c'est bien Tokyo qui est sans cesse au cœur du roman.

Un roman très particulier donc, mais fascinant (bon je ne suis pas neutre cette ville me fascine... j'y retourne d'ailleurs pour la troisième fois bientôt pour une trop courte semaine)

J'ai retrouvé dans ce roman l'onirisme des premiers Haruki Murakami (avant qu'il devienne plus conventionnel).

Note

dimanche 22 mars 2015

Le combat ordinaire, Intégrale - Manu Larcenet


C'est une œuvre forte sur la vie.
Pas de grandiloquence ici, mais la vie ordinaire faite de joies, de déprime, de désillusion, de petits riens.
J'ajouterais aux autres critiques élogieuses et méritées que ce qui m'a frappé ce sont les silences.
Les discours ne sont pas longs, mais parfois forts. Manu a l'intelligence de laisser des cases que je qualifierais de contemplatives juste après ces moments là. Ce sont ces cases-là qui en disent le plus.

Le trait est brouillon et cela s'accorde très bien à l'histoire. Les dialogues sont courts

Je le relirais, car il fait partie des livres qui je le sens prennent un nouveau sens à différentes époques de la vie.

vendredi 20 mars 2015

Manga : "Bonne nuit Punpun" de Inio Asano

Pourquoi lire Punpun ?

J’avais lu du même auteur Solanin et Quartier de Lumières. Deux mangas qui m’ont plongé dans la vie de la jeunesse Japonaise. Solanin, très doux, tout en finesse et en non-dit évoque la difficulté des relations amoureuses pour des jeunes sans repères stables. Le second est plus violent, plus sordide.

Format de cette chronique

Je vais publier les avis des tomes au fur et à mesure de la lecture. Ne lisez donc pas tous les avis pour ne pas découvrir toute l’histoire…
Ne lisez pas plus loin spoiler alert !

Tome 1

On découvre Punpun enfant (d’une dizaine d’années ?) qui se voit et est représenté comme un oisillon.
Les membres de sa famille (les parents et l’oncle) sont aussi dessinés comme des oiseaux.
On suit Punpun, les graves problèmes de ses parents, ses relations avec ses camarades, ses rêves, sa découverte de la vie.
Malgré la violence de certaines situations (son père ne peut plus le voir, car il a battu sa femme), tout est beaucoup suggéré par des silences. Tout le monde dialogue en effet via des bulles traditionnelles sauf Punpun. Punpun parle rarement sauf par quelques cases spécifiques. La narration est donc plutôt dirigée du monde extérieur vers Punpun qu’un véritable dialogue.
Punpun est un garçon qui a encore beaucoup de choses à découvrir (comme le sentiment amoureux, la sexualité … normal : il est jeune). C’est un rêveur confronté à un monde adulte sans certitudes.
Il y a dans ce tome de bons moments d’émotions, de sentiments exprimés par des gestes simples.
En ce qui concerne le dessin, il est de bonne qualité avec un contraste intriguant entre les “punpun” et les autres personnages.


Avec ce tome, il est encore trop tôt pour se prononcer sur la qualité de la série. Tout va dépendre des histoires quotidiennes de la vie de Punpun et du dosage poésie / drame familial. Je me demande aussi à quelle vitesse Punpun va grandir.

Tome 2

Dans ce tome, on suit Punpun et son amour pour Aiko. Il arrive toujours aussi peu à communiquer ses propres sentiments. La mère de Punpun n’arrive pas à assumer sa place et fait une tentative de suicide.
Non ce tome ne tombe pas dans le syndrome “Remy sans famille”. Inio Asano traite tout cela avec une dose de pudeur, de non-dit. Tout n’est pas écrit ou dessiné, mais suggéré.
Coïncidence, le suicide de sa mère lui fait manquer une promesse importante qu’il avait fait à Aiko.
En fin de tome, on saute deux années, pour un tome 3 qui sera visiblement centré sur l’oncle du Punpun.
Peut-être une occasion de traiter de thèmes plus adultes ? Les sentiments de Punpun sont bien traités, mais il est temps de quitter l’enfance.
Pour l’instant une série de qualité tournée vers l’enfance. L’amitié des amis de Punpun est d’ailleurs bien traitée.
Comme dans le tome précédent et tous les suivants, les membres de la famille de Punpun sont représentés par des oiseaux au dessin sommaire. Cela ne permet pas de voir leurs émotions les plus subtiles et incite à se pencher sur celles des autres.

Tome 3

Meilleur que les 2 premiers tomes, ce tome-ci traite des thèmes plus adultes sur la difficile relation à l’autre.
En fait depuis deux tomes on croise des adultes qui n’arrivent pas à trouver leur place dans une société qui écrase le clou qui dépasse.
Nous retrouvons Punpun toujours à l’école avec Aiko et ses relations avec ses amis sont peintes avec subtilité et sans tomber dans la facilité.
L’oncle de Punpun prend plus de place dans ce tome. On en apprend plus sur son passé et sa difficulté à tisser des relations.
Le ton général reste empreint de silence et de tristesse.
Je lirais avec intérêt le tome 4. Je décèle quand même un danger pour la série : ne croiser que des personnes qui sont trop marquées et blessées.

Tome 4

On découvre dans ce tome le passé de l’oncle de Punpun. On comprends mieux ce qui l’empêche de nouer une nouvelle relation. Certaines rencontres sont des poisons pour le reste de la vie.
Punpun pousse, non sans difficulté, Aiko dans les bras d’un de ses camarades de classes. Il est vrai qu’ Aiko demande un amour fusionnel bien trop angoissant pour lui.
On retrouvera dans le tome 5 un punpun adolescent.

Tome 5

Punpun est lycéen. Pas vraiment intégré, il manque d’adultes qui aient des repères stables. Son oncle au lieu de construire quelques choses avec sa petite amie s’égare encore une fois.
Ce tome raconte aussi l’histoire de deux de ses anciens camarades de classe. En rupture de la société, ils cherchent parfois très mal leur voie. Ils font quand même preuve d’assez de maturité au moment critique.

Tome 6

Un tome qui me réconcilie en quelque sorte avec la série.
Pourquoi réconcilie ? Il me semblait tomber dans une constante : des personnages en souffrance ou qui attirent d’autres qui les détruisent.
Dans ce tome, Punpun fait preuve d’un recul sur lui-même très intéressant. Même s’il n’arrive pas à exprimer ses sentiments c’est émouvant.
Sa mère est toujours aussi perdue. Elle semble, mais trop tard, retrouver un début de sens à sa vie.
Beaucoup d’introspection !

Tome 7 - 8

Je n’irais pas plus loin et j’abandonne cette série.
Le tome 8 a été le tome de trop.
Ce tome 8 est centré sur la dépression de Punpun. Il est révélateur pour moi du défaut de cette série : les personnages n’apparaissent que lorsqu’ils vont mal. Quand leur vie est stable et qu’ils construisent quelque chose, on ne les voit plus.
Certes la série est émouvante. Certes le mal-être des personnages est juste et profond.
Je lisais en parallèle “Le Combat ordinaire” de Manu Lacernet. Il est lui bien plus équilibré et réel. La vie n’y est pas rose, mais comporte même dans ses moments les plus sombres des lueurs de bonheur et d’humour. C’est un peu cette comparaison qui m’a rendu la lecture de “Bonne Nuit Punpun” trop pénible.